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L’avènement d’un nouveau boitier Leica M est toujours en soi un évènement. Depuis plusieurs décennies, le M est le porte étendard de la marque Allemande et le Leica M10 ne déroge pas à la règle en ce début d’année 2017, un tout nouveau boitier mais qui ne renie en rien la longue tradition de cet appareil devenu légendaire. Si il s’inscrit dans la suite logique des versions numériques, il marque cependant une transition très claire avec ses prédécesseurs avec une présentation bien plus proche de celle des M argentiques. Cette dernière mouture saura t’elle entrer dans la cour des grands et se montrer digne de sa lignée prestigieuse ?

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La présentation :

Ce qui frappe au premier coup d’oeil c’est l’aspect très sobre et dépouillé du Leica M10. La construction est comme à son habitude, irréprochable. Aucune inscription sur le capot supérieur, une face arrière fortement simplifiée par rapport au M240 avec trois uniques boutons de commande (Live-view, Lecture et menu), d’un pad composé de quatre flèches de direction et d’un poussoir central. L’écran arrière est de bonne facture, à mon sens meilleur que celui du M240, sans dérive de couleur et une définition qui semble supérieure visuellement. 

Sur le capot supérieur, nous trouvons la traditionnelle molette des vitesses (avec une résistance accrue lors de la sélection du mode A), le sélecteur d’allumage du boitier et une nouveauté bien venue sur un M numérique, une roue codée qui permet de changer de sensibilité à la volée et sans obligation de passer par les menus. Cette roue devra être levée pour permettre le changement ce qui interdit les décalages accidentels et donne la possibilité de sélectionner les sensibilités suivantes : 100, 200, 400, 800, 1600, 3200, 6400 et un mode automatique (les autres valeurs de sensibilités jusque 50000 isos pourront se sélectionner dans les menus du boitier) . D’emblée, le parti pris est bien de donner aux photographes la possibilité de faire des images sans la nécessité de passer par l’écran mais nous y reviendrons. A noter en outre que le sélecteur d’allumage a perdu les positions mode rafale et retardateur pour ne conserver que deux possibilités, allumé ou éteint.

Pour le reste, rien de révolutionnaire avec la semelle amovible traditionnelle qui abrite la batterie (nouvelle référence différente de celle du M240) et la carte mémoire.

A la prise en main, c’est la finesse du boitier qui est étonnante. Du coup, la filiation avec les boitiers M argentiques est plus qu’évidente. Espérée depuis longtemps, cette avancée est pour moi très importante car elle permet au M numérique de retrouver une taille identique aux premiers appareils M et donc de revenir aux dimensions sources du concept même des années 50. Une vraie gageure pour Leica car je pense que techniquement, cela a du poser un certain nombre de problèmes, ne serait-ce que sur le plan de l’intégration des différents éléments, plus nombreux bien évidemment que pour les boitiers argentiques. Un vrai bon point pour la compacité donc mais aussi pour la prise en main qui est à mon sens plus naturelle et instinctive que celle des M240 (même si elle était loin d’être mauvaise sur cette version). 

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A gauche le M240, à droite le M10

Le viseur à entièrement été revu et avec la taille du boitier, c’est là aussi une avancée décisive qu’offre ce Leica M10. D’un grossissement supérieur porté à 0,73, le nouveau viseur est grand, spacieux et très clair. Personnellement, je le trouve supérieur au viseur 0,72 MP de mon Leica M7. L’affinement du boitier n’est sans doute pas étranger à la beauté de ce viseur qui à mon sens fera date. Le dégagement oculaire à lui aussi été revu avec un champ élargi de 30% et un relief oculaire augmenté de manière significative pour permettre aux porteurs de lunettes de pouvoir utiliser ce viseur sans gêne particulière et un vrai confort.

Bien évidemment, le viseur d’un M est un élément décisif car la visée au télémètre demande précision et habileté. Le nouveau viseur vient effectivement au secours de nos pauvres yeux et nous offre une visée d’une clarté inégalée en numérique sur les boitiers M. Le patch central est un peu plus grand et plus clair que par le passé et il sera d’autant plus aisé de réaliser la mise au point précisément. Les trois cadres de visée restent classiquement couplés (28-90, 35-135, 50-75). Pour le reste, les fonctions et témoins restent identiques à ceux du M240 (affichage des vitesses, sur-exposition, sous-exposition, exposition correcte…).

Malgré tout, Leica a pris le parti de doter le Leica M10 de la possibilité d’adjoindre un viseur numérique. Il s’agit en réalité de la Visoflex qui équipe le Leica T ou TL. Bien meilleur que l’EVF-2 qui se monte sur le M240, nous sommes cependant assez loin de ce que nous pouvons voir dans l’oeilleton du Leica SL. En l’occurence, il faut voir dans ce choix de la part de Leica la volonté de donner clairement au viseur optique la priorité d’utilisation pour celui qui voudra acquérir ce Leica M10. Comme pour le M240, la visée numérique devra être considérée comme une formule de dépannage qui permettra l’utilisation optimale du boitier pour la mise au point avec les optiques extrêmes en focales (supérieures à 75mm), ouvertures (Summilux, Noctilux…) ou des conditions de lumière particulièrement difficiles.

Cette Visoflex nous propose un focus peaking efficace et est en outre équipée en standard du GPS. Elle est aussi dotée d’un mode loupe automatique qui se déclenchera dès que l’on tourne la bague de mise au point. Ce même mode loupe qui pourra être déclenchée en appuyant sur le bouton qui se trouve sur la face avant du boitier. C’est efficace même si nous pouvons toujours déplorer l’obscurcissement total de la visée numérique une fois le déclenchement réalisé (moins long cependant que pour le couple M240 et l’EVF-2).

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Le Leica M10 et la Visoflex

Il faut aussi remarquer la présence du Live-view qui pourra lui aussi se substituer à la visée télémétrique lorsque les cas l’exigeront. A noter en outre que dans ce mode, il est toujours possible de bénéficier du focus-peaking. Il est aussi possible de de déplacer le rectangle vert de mise au point aux quatre coins de l’image pour réaliser des décadrages en mesure directe. Ceci fonctionne aussi avec la Visoflex.

Le déclencheur est d’apparence similaire à celui du M240, très classique en somme pour un Leica M. A l’usage cependant, il semble un peu plus souple et son bruit est encore plus feutré que celui de son prédécesseur. Sans être une révolution, il semble donc un peu mieux amorti et fait preuve d’un peu plus de discrétion encore. L’écart avec le M9 ou le M8 est bien évidemment nettement plus marqué. Un bon point de plus pour le Leica M10.

La batterie est un nouveau modèle plus fin et n’est donc aucunement compatible avec celle du M240. Elle semble endurante car j’ai pu faire 150 photos environ pour un tiers de charge utilisée. J’évalue donc son utilisation à 450/500 photos en charge pleine (sans utilisation de la Visoflex). J’aurais donc tendance à dire que le boitier est légèrement moins résistant sur ce plan que le M240. Une deuxième batterie me semblera forcément indispensable pour une journée entière de photographie intensive.

La partie Menu est plutôt intéressante avec un concept inédit qui confirme clairement la volonté de Leica de donner la priorité à l’efficacité photographique avant tout. Lorsque l’on active le menu, la page affichée d’emblée est celle qui comporte les paramètres de préférences de l’utilisateur (favoris). Ces paramètres étant complètement personnalisables. Bien vu car cela de conserver en accès direct les commandes les plus souvent utilisées et de les modifier sur l’écran immédiatement et sans recherches. Seule la dernière ligne fait apparaitre le menu général qui donnera accès aux autres paramètres de l’appareil. Encore une fois, il est clairement établi que le Leica M10 est destiné au photographe qui recherche simplicité et efficacité avant tout autre considération. Sur le terrain, c’est redoutable d’efficacité et de rapidité.

Le boitier embarque la Wifi en standard et le M10 peut être piloté par un logiciel dédié qui peut être installé sur Smartphone, tablette ou ordinateur. Dans un premier temps, cette application n’est compatible qu’avec les iOS d’Apple (application disponible dans l’Apple Store). Une prochaine mise à jour d’ors et déjà annoncée viendra donner la même possibilité aux utilisateurs des systèmes Androïd.

Au rayon des accessoires qui accompagneront le Leica M10, à noter l’arrivée de :

Batterie supplémentaire (125,00€).

Holster (180,00€).

Visoflex GPS (450,00€).

Thumbs-up dédié (190,00€).

Poignée grip simple (280,00€).

Housse cuir noire enveloppante boitier et objectif (90,00€).

Demi étui cuir avec rabat arrière amovible : Rouge, noir ou marron (190,00€).

Correcteurs dioptriques spécifiques (130,00€).

Outil pour adapter les anciens correcteurs dioptriques ou loupes (48,00€).

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Le Leica M10 avec son demi-étui cuir.

Le packaging est classique pour un Leica M et les accessoires fournis sont les mêmes que les autres modèles de la gamme. A noter que désormais, c’est une version d’essai de trois mois d’Adobe Photoshop qui est livrée avec l’appareil et non plus une licence pour une version complète.

Sur le terrain :

Et bien c’est un Leica M, aucun doute. Pour celui qui aime le concept, le plaisir est un peu plus grand encore avec le petit dernier. Le viseur est vraiment très agréable, très clair avec une clarté plus marquée encore que les autres modèles de la marque. Le format du boitier plus fin donne une meilleure préhension encore et renforce un peu plus la sensation de faire corps avec l’appareil. 

L’accès aux commandes est effectivement simplifié, la roue qui permet de changer à la volée la sensibilité est un vrai plus car elle permet de rester en contact avec le contexte ambiant sans nous obliger à lire l’écran. Pour changer la sensibilité, il suffira simplement de lever la roue pour la débloquer et de tourner sur la valeur voulue. Cette sécurité est bien évidemment mise pour éviter les changements de sensibilité accidentels.

Les quelques heures passées avec le boitier ont été un réel plaisir car ce concept volontairement dépouillé est très à mon goût. Il est vrai que j’ai une aversion plutôt marquée pour la profusion de fonctions qui ont tendance à me distraire.

Le Leica M10 est un appareil de photographe et revendique clairement ce postulat.

La qualité d’image :

L’ensemble capteur/ Processeur est alléchant puisqu’il se compose d’un capteur CMOSis comme celui du M240 mais qui a été revu et corrigé pour la circonstance. Le processeur est pour sa part une version modifiée et améliorée du Maestro II qui équipe les Leica S et SL. Il est donc puissant et son efficacité n’est plus à démontrer.

Si la définition reste à 24 Megapixels, on peut encore y voir la volonté affichée pour Leica de proposer le meilleur compromis finesse/poids des fichiers/résolution pour que le Leica M10 soit le plus homogène possible d’un point de vue des performances.

Par rapport au SL ou au Leica Q qui ont des capteurs très proches en terme de rendu, celui du M10 sera moins doux avec une image à la base plus proche de celle produite par le M240. Par rapport à ce dernier, le rendu global sera très équivalent car la filiation des deux capteurs est pour le moins évidente. Les différences se situeront uniquement sur la plage de sensibilité proposée mais surtout exploitable. Le Leica M10 démarre à 100 isos, bonne nouvelle donc pour ceux qui aiment utiliser les grandes ouvertures.

Autre bonne nouvelle et qui démarquera nettement le M10 de son prédécesseur, c’est sa capacité à monter dans les hautes sensibilités. En clair et en première approche, le 6400 isos du M10 m’est apparût aussi fin que le 2000 isos du M240. Belle amélioration car si un reproche pouvait être fait au M240 (sans qu’il soit défaillant outre mesure), c’est malgré tout sur ce critère. Le M10 corrige le tir et la montée en isos ne sera plus un problème en soi avec des images exploitables jusque 10000 isos si la prise de vue et le post-traitement sont adaptés.

La dynamique est elle aussi en progrès même si sur ce terrain, la photographie numérique doit encore avancer et nous proposera forcément mieux dans les années à venir.

Le rendu des couleurs est plutôt chaud nativement et la balance des blancs sans problème particulier au niveau de la justesse en automatique.

Vous trouverez ci dessous des liens vous donnant la possibilité de télécharger des fichiers DNG bruts des capteurs couleurs plein format des boitiers Leica numériques (M9, M240 & M10).

Téléchargements de fichiers DNG bruts…

DNG bruts du M9

DNG bruts du M240

DNG Bruts du M10 

 

Pour qui le Leica M10 ?

Pour être très clair, les aficionados de technologie geek qui espéraient voir arriver un appareil avec une myriade de fonctions en seront pour leur frais, le Leica M10 est plutôt une antithèse des concepts hyper technologique pour donner à son utilisateur l’efficacité et la simplicité la plus aboutie au service de la photographie et uniquement de la photographie. La vidéo a disparue et encore une fois, il faut à mon sens considérer la visée numérique présente comme une solution supplémentaire qui sera utilisée lorsque le télémètre ne sera vraiment plus exploitable par le photographe.

Pour celui qui possède un M240, la question est ardue car les différences peuvent paraître ténues et pourtant, elles sont bien présentes. Le viseur tout d’abord qui est fondamentalement meilleur que celui de son ainé. La tenue en main qui elle aussi, est à mon avis meilleure car la finesse du boitier rend sa préhension plus naturelle. Et puis, en dernier lieu, l’accès aux commandes plus rapide et facile qui rend le Leica M10 plus efficace encore pour celui qui veut se concentrer sur la photographie. 

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A gauche le M240, à droite le M10.

Sur le plan strictement de la qualité d’image, seule la sensibilité et une relative amélioration de la dynamique peut justifier le changement du M240 par un M10. A ce niveau, le M10 fait bien évidemment mieux mais si on ne dépasse que très rarement les 2000 isos, le Leica M240 reste un excellent parti. Au final, le M10 est bien évidement plus performant que le M240 mais si ce dernier reste au catalogue, c’est bien parce que Leica considère qu’il est encore digne de représenter la marque après presque cinq ans de bons et loyaux services.

Pour ceux qui ont dans leur sac un M8 ou un M9, le gap est bien sur beaucoup plus important d’un point de vue des performances. Le Leica M10 pourra s’imposer naturellement en choix principal même si les capteurs CCD de ces deux boitiers restent très appréciés de par leur rendu unique.

Pour démarrer avec un Leica M numérique, le M10 est tout simplement royal…

En conclusion :

A 6500,00 euros, le Leica M10 est un boitier certes cher mais qui marquera sans doute son époque car il s’agit du tout premier modèle numérique qui arbore fièrement le gabarit ramassé de ses illustres ancêtres argentiques. Leica a décidé de miniaturiser son boitier phare pour en faire le M numérique le plus photographique de la gamme. 

En ce qui me concerne, j’ai énormément apprécié la démarche de simplification à l’extrême qui confère au Leica M10 une redoutable efficacité sur le terrain. 

Viseur exceptionnel de clarté et de finesse, commandes accessibles sans effort, boitier endurant et discrétion de déclenchement. Tout a été étudié pour faire de ce boitier une machine à photographier. Le pari est à mon sens réussi car si il ne fait pas dans le spectaculaire, le Leica est à mes yeux le M numérique le plus abouti que la marque Allemande nous ait concocté.

La commande est donc passée, un peu de patience et…

 

Je remercie tout particulièrement le Leica Store de Lille pour leur sympathie et grande disponibilité et leurs conseils avisés, me mettant à disposition le Leica M10 dès son arrivée.

Ci-dessous la galerie d’images test (en RAW puis conversion en JPG dans Lightroom 6) a été réalisée avec le Leica M10 (avec un Summilux-M 35mm FLE et un Noctilux-M 50mm) pour démontrer les propriétés de l’appareil, sans volonté que de montrer des exemples d’images. Ces images sont présentées sans retouche ni amélioration d’aucune sorte.

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