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Certains produits sortis chez Leica ont pour moi été une énigme. Pas seulement par rapport aux tarifs parfois extravagants mais aussi par rapport aux choix technologiques ou commerciaux. La concurrence a dû se gausser parfois de voir s’enchainer les sorties d’appareils pour lesquels la clientèle ciblée était pour le moins difficile à cerner.

Et puis, voici le Leica Q et là, il faut bien dire que le concept est plus qu’alléchant. Un boitier simple, basé sur le Leica M, tri-focale avec viseur intégré et objectif 28mm ouvrant à f/1,7. Il y a fort à parier que les sarcasmes des détracteurs de la marque Allemande se fassent plus discrets.

Voici la présentation du dernier né de la gamme Leica…

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Tout d’abord merci à Leica de m’avoir prêté le boitier quelques heures afin de réaliser ce test et notamment le Leica Store de Lille aux personnels toujours aussi sympathiques.

 

Présentation :

Pour qui possède ou a possédé un Leica M numérique, la prise en main de ce Q sera une évidence. Le boitier est directement inspiré du modèle phare de la marque Allemande dessiné il y a plus de soixante ans. La prise en main est donc parfaite, à ceci près que le Leica Q est plus compact que ses ainés. Moins long, plus fin, il est aussi moins lourd que le M numérique, un véritable avantage pour celui qui veut utiliser ce boitier sur son terrain de prédilection, à savoir la photographie de rue.

La construction est exemplaire, l’assemblage de très haut niveau tout en restant d’une simplicité et d’une sobriété sans égales. Si l’optique peut paraître imposante de prime abord, en réalité, l’ensemble est bien proportionné et ne souffre d’aucun déséquilibre. Autour du cou ou tenu à la main, il sera un agréable compagnon en toutes circonstances.

La face arrière du boitier est comme toujours très sobre, peu de bouton et un accès aux commandes principales est proposé. Les menus sont eux aussi à la sauce Leica, minimalistes mais complets, très accessibles et sans fausses notes. Un modèle de simplicité et d’efficacité. A noter malgré tout un rainurage au niveau du pouce qui m’est apparût très efficace à l’utilisation, permettant une prise en main très sûre.

La visée numérique est un vrai sujet chez les Leicaïstes. Il faut dire que le télémètre a été élevé au rang d’institution et il semble inconcevable pour certains qu’un M puisse être affublé d’un autre dispositif de visée. Si certains ont pensé à un moment que la visée numérique pourrait un jour prendre place dans un Leica M, c’est peut être une vraie réponse que vient de formuler Leica en adoptant une visée de ce type dans un boitier assimilable au M mais sur une gamme parallèle. En clair, préserver la philosophie du boitier historique avec son télémètre et développer la visée numérique sur un appareil résolument tourné vers l’avenir…

Alors que dire de cette visée numérique ? Et bien qu’elle est vraisemblablement la meilleure à ce jour toutes marques confondues. Le viseur est large, lumineux, très précis et je n’ai pas noté de phénomène de latence comme souvent avec ce type de viseur. J’ai apprécié de pouvoir visualiser mes images de manière très fidèle par rapport au résultat final, tant sur le plan de l’analyse de la lumière qu’au niveau de la restitution de l’étagement des plans de l’image composée. Bien évidemment, les ardents défenseurs du télémètre crieront au scandale mais cette visée, si elle n’est pas encore au niveau d’une excellente visée optique, continue néanmoins de progresser de façon spectaculaire.

L’écran arrière est une vraie bonne surprise car il est tout simplement excellent. Très défini, il est précis et permet de voir sans problème le résultat des images produites de manière très fiable. Il est aussi tactile et permet notamment de faire la mise au point, déclencher, faire défiler les photos ou encore zoomer dans l’image… Je ne m’appesantirais pas plus sur ces fonctions tactiles que je désactive très vite par souci d’économie d’énergie. Cet écran est aussi très juste dans la restitution des couleurs, meilleur en tout cas que celui du M240 qui a la fâcheuse tendance à virer vers le bleu.

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Au rayon des satisfactions, j’ajouterais aussi le silence intégral de déclenchement qui permet de faire des images en toutes circonstances. Il sera inutile d’en expliquer les avantages pour un boitier orienté photo de rue. L’autonomie est aussi à mettre au chapitre des réjouissances car une batterie permettra de faire 500 photos environ, ce qui est un bon point pour ce boitier plutôt sobre.

Comme tous les boitiers modernes, le Leica Q est doté du Live-view, du focus-peaking, de la wifi et il pourra même être piloté à distance par une application disponible sur Smartphone.

Concernant les accessoires, la sangle en cuir fournie est de bonne facture et suffit à rendre le boitier transportable autour du coup de manière confortable. La housse de transport optionnelle est très bien réalisée. Elle protège très bien le boitier car elle est très enveloppante tout en étant relativement fine, ce qui ne rend pas l’appareil beaucoup plus encombrant. Le vrai plus de cette housse en cuir, c’est son fond amovible qui donne accès au logement de batterie et de carte sans avoir à le séparer du boitier ainsi qu’une petite poche permettant de loger une seconde carte SD. Simple et efficace. A noter concernant la carte SD, je conseille fortement d’acquérir une rapide (600X minimum) car une carte lente pénalisera sensiblement la réactivité du boitier.

Performances :

Le capteur de 24 Mpx embarqué est véritablement excellent. Il est sans conteste plus performant encore que celui du M240 en hautes sensibilités, ce qui semblerait logique car il arrive trois ans après celui du Leica M. Beaucoup ont cru qu’il s’agissait du même capteur que le M. Sans en connaître la provenance de source sûre, il semble assez évident qu’il s’agit d’un capteur Sony, le même qui équipe vraisemblablement nombre de boitiers actuels. Le choix de ce capteur, au delà de ses performances techniques de haut niveau, à sans doute permis une maîtrise des coûts et donc un tarif de ce Leica Q plutôt raisonnable.

La montée en haute sensibilité est impressionnante. Jusque 6400 isos, rien à signaler ou presque si ce n’est un léger grain propre à la marque Allemande sur l’ensemble de sa gamme. Il s’agit bien évidemment d’un grain esthétique. Pour celui qui pratique le Noir & Blanc, les 12500 isos seront tout à fait envisageables. Le niveau de performances des capteurs actuels devient proprement fantastique et celui du Leica Q ne déroge pas à la règle car les traitements développés par Leica pour ce boitier rendent véritablement justice au capteur embarqué. Que ce soit en couleur ou en Monochrome, l’utilisateur de ce Leica Q sera comblé et la filiation avec les autres boitiers de la marque sera malgré tout préservée car le rendu de ce capteur et bien un Leica (chromie, micro-contrates, grain…).

Le Leica Q est doté d’un objectif Summilux 28mm f/1,7. Là encore, les puristes de Leica s’offusqueront car Summillux signifie logiquement une ouverture à f/1,4. Très honnêtement, rien de rédhibitoire dans tout cela et un constat sera immédiatement fait par l’acquéreur de cet appareil, l’objectif est véritablement excellent. Quelle que soit l’ouverture et la focale choisie (nous y reviendrons), le savoir faire de Leica est bien présent. Aux plus grandes ouvertures, bien évidemment, une légère perte de définition sera observée sur les bords extrêmes mais cela reste malgré tout de très haut niveau. Dès que l’on fermera un peu, l’homogénéité sera totale sur tout le champ. A noter que le rendu de cette optique est particulièrement agréable. Un véritable piqué mais qui restera naturel, je conseillerai d’ailleurs d’utiliser le curseur netteté ou accentuation avec beaucoup de réserve, voire de l’oublier totalement. Le bokeh est lui très beau à toutes les ouvertures, tendu et crémeux à souhait. Leica nous a gâté avec ce Q en embarquant un objectif de très haut niveau qui pourra être utilisé sans réserve à toutes les ouvertures, ce qui reste une constante dans la gamme optique de la marque Allemande.

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L’objectif est lui même équipé de la célèbre gâchette Leica, ce qui n’est pas anodin pour celui qui a déjà utilisé ce dispositif d’un confort sans égal lorsque l’on pratique la mise au point manuelle. Cette même gâchette dispose d’un loquet permettant de passer du mode mise au point manuelle au système autofocus. Le changement pourra donc se faire à la volée lors de la prise de vue. Très bien pensé et réalisé.

Autre point capital pour cet objectif, un mode macro permet de réaliser des images à une distance comprise entre 0,17 et 0,30m à toutes les focales. Dans ce cas, l’ouverture mini de f/1,7 devient f/2,8. Lorsque le cran macro est sélectionné sur la bague dévolue à cet effet, un ingénieux dispositif bascule les échelles de distance et de profondeur de champ pour permettre de les visualiser.

Dernier point concernant l’objectif, il est stabilisé et permet la prise de vue à des vitesses lentes. Un vrai bonus si on ajoute cela à un déclenchement très doux qui autorisera la réalisation d’images dans des conditions très limites.

Nous en arrivons à l’autofocus justement. La question est d’importance car c’est aujourd’hui le vrai reproche qui est fait aux nombreux appareils de ce type qui sortent ces derniers temps, à savoir un autofocus défaillant dès que la lumière vient à manquer. Et bien soyez rassurés d’emblée, rien de tout cela avec le Leica Q, l’autofocus est performant, très performant même. Quelle que soit la nature et l’intensité de la source de lumière, l’autofocus accroche sans problème le point et cela sans aucune hésitation. La vélocité est très impressionnante et ferait presque penser au mode snap du Ricoh GR…

Une spécificité intéressante du Leica Q est son double système d’obturation. Jusqu’à des vitesses inférieures ou égales à 1/2000s , c’est l’obturateur mécanique qui sera actif. Au delà et jusque &/16000s, c’est le système d’obturation électronique qui prendra le relais. L’avantage de ce double dispositif est de permettre de réaliser des images en très forte lumière tout en bénéficiant des grandes ouvertures autorisées par l’objectif, le tout sans avoir recours aux traditionnels filtres gris-neutre. Très efficace encore une fois.

Autre caractéristique notable sur le Leica Q, c’est la possibilité de bénéficier de trois focales différentes. Le 28mm bien évidemment qui est la focale native de l’objectif mais aussi un 35 et un 50mm. En réalité, toutes les images sont réalisées à la focale de 28mm. Lors de la prise de vue, si vous choisissez 35 ou 50mm, l’information sera mémorisée par le boitier et transmise au logiciel fourni (Lightroom 6 en l’occurrence) qui se chargera de recadrer l’image. L’avantage de ce principe sera de pouvoir à tout moment récupérer l’image native du 28mm. D’un point de vue théorique, les définitions respectives sont de 24 Mpx, 15 Mpx et 8 Mpx. En pratique, les images obtenues à chacune des focales sont excellentes et permettront sans problème de travailler sur des grands formats d’impression. Pour ma part, une impression sur A3 réalisée au 50mm s’avérât en tous points remarquable. Sur le boitier, une touche spécifique été affectée pour pratiquer le changement de focale. Très bien placé sous le pouce droit, elle permet le changement de focales à la volée lors de la prise de vue. Les cadres correspondants (35 et 50mm) apparaissent en surimpression à la fois dans le viseur et sur l’écran arrière (à la manière de ceux du télémètre). Extrêmement plaisant à l’utilisation et encore une fois très bien pensé.

Leica Q - 28mm

Leica Q – 28mm

Lecia Q - 35mm

Lecia Q – 35mm

Leica Q - 50mm

Leica Q – 50mm

Je laisserai à d’autres intervenants le plaisir de vous décrire la section vidéo car je ne l’utilise jamais et je serais bien mal inspiré de vouloir porter un jugement sur ce point qui m’est parfaitement inconnu.

Alors que faire si je possède un Leica M ?

La question est légitime car ce Leica Q est redoutable d’efficacité. Si l’on excepte la visée qui sera véritablement sujet à débat pour les raisons évoquées plus haut, le reste est de l’ordre du sans-faute. Même si elle est remarquable, elle est fondamentalement différente d’une visée optique et chacun est à même de savoir ce qu’il préfèrera. En ce qui me concerne, j’ai trouvé cette visée excellente et je pourrai facilement m’en accommoder même si le télémètre reste un dispositif de visée que je trouve remarquable aussi.

Le constat est simple, vous disposerez d’un boitier compact, très bien construit, simple, sobre et très complet. L’objectif est excellent, le capteur ultra-performant et le système tri-focale pour le moins intéressant et termes de perspectives et de possibilités à la prise de vue. Disposer sur un même boitier d’un 28mm, d’un 35 et d’un 50mm, le tout dans un boitier unique. Un Tri-Elmar en quelque sorte.

De plus, le boitier est moderne avec tous les dispositifs actuels, la collaboration avec Panasonic semble évidente et particulièrement efficace. Live-view, wifi, visée électronique HD… Un vrai appareil actuel à la mode Leica avec toute la simplicité et la sobriété de la marque Allemande.

Reste un sujet non abordé jusque là et qui revêt pourtant une grande importance, à savoir le prix. 3995,00 euros, c’est une belle somme d’agent. Malgré tout, je surprendrais peut être certains en disant que je trouve ce prix plutôt raisonnable. Au regard du prix du Sony RX1 auquel il était nécessaire d’ajouter un viseur électronique optionnel, un pare-soleil et un chargeur pour un total de 3800,00 euros environ, le Leica Q se place plutôt bien face à son concurrent Japonais. Le Leica est de plus fourni avec une licence Lightroom, ce qui anéanti l’écart entre les deux boitiers.

Pour celui qui ferait le choix d’un objectif Leica 28mm, le Leica Q ne coûte que 380,00 euros de plus que le Summicron 28mm f/2,0 et 1500,00 euros de moins que le Summilux 28mm f/1,4. Pour avoir utilisé ces deux objectifs sur mon M240, je peux sans problème affirmer que le Leica Q est au moins aussi performant que les combinaisons M240 et objectifs 28mm. Pour celui qui a fait du 28mm sa focale de prédilection, mon conseil sera sans hésitation à l’avantage du Leica Q.

Malheureusement, certains d’entre nous ne pourront jamais s’offrir cet appareil mais l’espoir pour ceux là est que d’autres marques vont développer ce concept prochainement à des prix sans doute plus abordables.

Le Bilan :

Les plus :

  • Qualité de fabrication au top.
  • Visée électronique ultra-performante
  • Boitier très réactif et très discret
  • Trois focales (28, 35 & 50mm)
  • Mode macro
  • Capteur (dynamique, montée en hauts isos, rendu Leica)
  • Autonomie (500 vues environ)
  • Vrai objectif (qualité, Map manuelle, bague de diaphragme…)
  • Ergonomie simple et efficace
  • Live-view, Wifi, écran tactile…
  • Chargeur fourni
  • Pare-soleil fourni
  • Sangle en cuir discrète fournie
  • Licence Lightroom fournie

Les moins :

  • Non tropicalisé
  • Pas d’écran orientable
  • Pas de mémoire intégrée comme sur le Leica T

 

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