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Pour celui qui aime les objectifs à ouvertures extrêmes, les alternatives possibles au Noctilux 50mm de Leica ne sont pas légions. Si la référence actuelle reste le Noctilux f/0,95, son prix qui avoisine les 10 000€ reste pour la plupart inabordable et fait de cette pièce d’orfèvrerie optique un rêve inaccessible. Une de ces alternatives pourra être le Sonnetar 50mm f/1,1 de MS-Optics. La Société Japonaise nous propose un objectif qui, au delà d’une compacité étonnante, fait étalage de qualités indéniables.

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Après les tests de deux grands angles très intéressants, c’est donc une focale plus standard que j’ai l’occasion de tester avec ce Sonnetar 50mm qui offre une alléchante ouverture maximale de f/1,1.

Au caractère systématiquement atypique des créations imaginées par Sadayasu Miyazaki s’ajoute donc la difficulté supplémentaire de présenter un objectif aux ouvertures extrêmes. Un exercice difficile auquel bien peu de concepteurs d’optiques se sont frottés.

A l’instar de Voigtlander avec son Nokton, c’est une ouverture maximale à f/1,1 qui a été choisie pour ce Sonnetar. Mais ce sera la seule similitude morphologique entre les deux objectifs car la différence notable que nous relèverons d’emblée, c’est la grande compacité du modèle présentée par la société artisanale Japonaise.

Lien du test des MS-Optics Apoqualia 28 & 35mm.

Présentation :

A la prise en main, ce qui interpelle immédiatement, c’est la taille minuscule de cet objectif qui propose pourtant une ouverture maximale de f/1,1. Mais la densité est plutôt bonne et l’impression de solidité bien présente. Seule la peinture semble relativement fragile et paraît s’écailler facilement. Les maniaques devront êtres particulièrement attentifs sur ce point car l’objectif pourra rapidement arborer l‘aspect baroudeur.

Le poids est de 190 grammes et la longueur de 36 mm. C’est donc un objectif très léger et d’une compacité hors normes au regard des spécifications techniques annoncées.

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Les bouchons avant et arrière sont constitués de deux plaques cylindriques en aluminium qui se vissent sur l’objectif. Le pare-soleil conique se visse lui aussi sur la face avant de l’optique et est lui aussi conçu en métal.

A noter, à l’arrière de l’objectif, une bague supplémentaire à quatre positions (2 mètres, 4 mètres, 1 mètre, infini) qui permettra d’optimiser la précision de mise au point de l’objectif. N’ayant rencontré aucun problème avec le Leica SL, je n’ai pas exploré les réelles capacités du dispositif.

Les bagues sont fluides et se manipulent aisément. Les lamelles de diaphragmes sont très fines et donne une forme d’ouverture plutôt circulaire. La mise au point se fait à l’aide d’un petit ergot vissé très facile de préhension. La sélection de l’ouverture est plutôt originale puisqu’elle se fait à l’aide du pare-soleil et que le sens est inversé par rapport aux optiques Leica, de l’ouverture la plus grande à droite jusque la plus fermée à gauche.

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La manipulation de cet objectif, comme pour les autres productions de MS-Optics, est très agréable de par sa compacité mais aussi par la belle douceur de sa bague de mise au point. Elle demandera malgré tout une certaine dextérité tant pour la sélection de l’ouverture que pour la mise au point. Le principe sera simple et rapide en adoptant la démarche suivante ; bloquer l’ouverture sur la position « infini » de la bague de mise au point et ne s’occuper ensuite que de ladite mise au point de la scène à la visée. Pour changer d’ouverture en visant, il suffira de tourner le pare-soleil en ayant soin de bloquer la bague de mise au point.

Les résultats :

Aux deux plus grandes ouvertures, le vignettage est très présent et ce n’est qu’à f/4,0 qu’il se fera oublier. La définition, sur les bords et les angles est très faible jusque f/2,0 et ne deviendra vraiment homogène qu’a f/4,0 là aussi. Au centre, dès f/1,4, la définition et le piqué sont très élevés.

Les micro-contrastes, si ils sont bien restitués à partir de f/4,0 , demanderont malgré tout d’êtres poussées au post-traitement au fur et à mesure que l’on ouvrira le diaphragme car sur ce plan, cet objectif est plutôt doux.

A noter que cette optique, même équipé de son pare-soleil, est plutôt sensible aux lumières incidentes et il faudra être attentif sur ce point car celui qui n’aime pas les effets du genre pourra parfois être agacé.

La distorsion est négligeable et ne sera jamais gênante. Les aberrations chromatiques très bien contenues, y compris aux plus grandes ouvertures.

A partir de f/5,6, les résultats sont remarquables d’homogénéité et l’objectif pourra être utilisé dans toutes les pratiques photographiques sans aucune contrainte.  

Le rendu :

Aux plus grandes ouvertures, cet objectif est clairement conçu pour un rendu doux et vaporeux, il ne faudra pas attendre de sa part une grande définition et un piqué de très haut niveau. A f/1,1, il permettra de réaliser de beaux portraits si l’on prend soin de centrer quelque peu son image ou simplement si l’on souhaite une grande douceur de restitution.

A l’instar du Voigtlander Nokton f/1,1, ou du Noctilux f/1,0, les images obtenues à pleine ouverture ne seront jamais raides et raviront les amateurs de rendus plutôt soft. Pour une plus grande définition, un piqué plus marqué et des micro-contrastes mieux restitués à ces niveaux de diaphragme, c’est vers le Noctilux f/0,95 qu’il faudra inéluctablement se tourner.

Mais la philosophie de cette optique est conforme à celle des autres production de la marque, à savoir un objectif ludique, orienté à la création et à l’amusement avec un rendu qui confine parfois à l’imaginaire le plus libre. Les zones de flous sont parfois étranges, avec là aussi une douceur qu’il faudra apprécier tant elle est attachante lorsqu’elle est un tant soit peu maitrisée et voulue.

Le rendu des teintes est plutôt chaud avec une bonne fidélité des couleurs et un contraste qui se renforcera à mesure que l’on fermera le diaphragme.

Au final, un excellent objectif qu’il faudra choisir pour ce qu’il sait faire. Clairement poétique voire psychédélique aux plus grandes ouvertures, il saura pourtant se muer en objectif 50mm standard dès que l’on fermera le diaphragme de quelques crans.

Conclusion :

Alors, que penser de ce Sonnetar f/1,1 ?

Pour ce type d’objectifs à ouvertures extrêmes, le choix n’est pas étendu. A mon sens, la hiérarchie se dessine assez clairement entre les objectifs Leica et les autres marques. D’un côté les Noctilux et de l’autre le Sonnetar de MS-Optics et le Nokton de Voigtländer.

Et justement, j’ai personnellement, à quelque chose près, retrouvé les mêmes caractéristiques et résultats pour les deux derniers cités. Deux objectifs attachants, doux aux grandes ouvertures et capables de donner d’excellents résultats une fois le diaphragme fermé. Si je devais faire un choix entre les deux, je me tournerais sans aucun doute vers le Sonnetar par rapport à sa compacité et son côté un peu plus créatif que le Nokton.

Les Noctilux de la première génération seront aussi doux à pleine ouverture mais bien plus vite homogènes que leurs concurrents à partir de f/1,4. La qualité de fabrication Leica est elle aussi sans commune mesure avec les deux autres objectifs.

Le Noctilux dernière mouture f/0,95 est lui le seul à fournir des images de très haut niveau dès la pleine ouverture grâce à ses lentilles asphériques et son groupe d’éléments flottants.

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Le Sonnetar et le Noctilux f/0,95

C’est bien évidemment la facture finale qui guidera le choix de chacun car si les deux marques tierces proposent des tarifs somme toute raisonnable aux alentours de 1100/1500€, les Noctilux sont bien évidemment beaucoup plus chers avec 4000€ environ pour un Noctilux f/1,0 en très bon état. Pour le f/0,95, il faudra débourser la modique somme de 9750€ pour un exemplaire neuf et 7000€ pour une belle occasion.    

A noter que cet objectif bénéficie désormais de son profil de correction en propre dans la version 6.4 de Lightroom, une vraie reconnaissance internationale du travail réalisé par son concepteur, Sadayasu Miyazaki.

Je remercie tout spécialement TAOS Photographic pour le prêt de cet intéressant objectif.

Ci-dessous la galerie d’images test a été réalisée avec le Sonnetar et le Leica SL pour assurer la mise au point optimale quelle que soit l’ouverture choisie. Certaines images ont été doublées ou mulitpliées à ouvertures différentes pour mettre en évidence le rendu spécifique ou le rendu Noir & Blanc.

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